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Jean-Pierre Lebrun, chef du projet “Un fruit pour la récré” |
mardi 09 septembre 2008 |
Ingénieur général du Génie rural des eaux et forêts, ancien sous-directeur à la qualité et la vie et à l’information du ministère de l’Environnement, Jean-Pierre Lebrun, chef de projet “Accessibilité aux fruits par les enfants” depuis le mois de décembre 2007, pilote le programme “Un fruit pour la récré”. Fin juillet, il nous a reçus dans son bureau pour décrypter l’ensemble du travail déjà accompli.
Fld : A quelques jours de son lancement, présentez-nous le projet “Un fruit pour la récré”. Quelles sont vos missions ?
Jean-Pierre Lebrun : Cette initiative a vu le jour à l’issue de la réunion du pôle accessibilité du 3 décembre, présidée par Michel Barnier. Celui-ci a alors décidé de lancer un programme de distribution de fruits aux enfants dans les écoles accompagné de programmes pédagogiques visant la reconquête du goût par les enfants et du plaisir de manger des fruits. Dès le début, il a été établi un partenariat avec le ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports et le ministère de l’Education nationale et les associations de fonctionnaires territoriaux, d’élus et des collectivités locales (AMF). Je précise tout cela, pour noter la place extrêmement importante de la gouvernance dans ce projet et l’importance de la présence des collectivités territoriales.
Fld : Quels sont les enfants concernés ?
J.-P. L. : Le travail que l’on a mené avec le ministère de l’Education nationale a conduit à cibler les enfants des classes pré-élémentaires et élémentaires, soit de 4 à 11 ans. Ce pour diverses raisons, la première étant qu’il s’agit d’une compétence de la commune de donner à manger aux enfants dans les restaurants scolaires. L’Etat ne peut pas imposer ce que les communes doivent donner aux enfants. En conséquence, dans la mise en place du projet “Un fruit pour la récré” vous verrez que l’on a commencé par nous rapprocher et écouter les communes, on ne leur a pas demandé d’appliquer un programme théorique. Nous sommes allés à la recherche de pratiques existantes et d’expériences exemplaires qui nous ont permis d’écrire un cahier des charges permettant de démultiplier leurs actions et de le proposer à l’ensemble des communes. Aussi, dès le mois de janvier, nous avons lancé une grande enquête en ligne, auprès des communes, comportant quelque 69 questions : Comment distribuez-vous les fruits ? Sont-ils lavés, pas lavés, proposés en morceaux ? A quel endroit sont-ils distribués (à la cantine, dans la cour de récréation, dans l’enceinte de l’école…) ? Des programmes pédagogiques sont-ils associés ? S’est-on appuyé sur le travail d’une diététicienne ? S’agit-il de produits de pays ?…. Ce cahier des charges a été établi dans la plus grande concertation. Il met l’accent sur la qualité des fruits et sur la façon de les offrir aux enfants mais aussi sur la logistique et la facturation des fruits et sur la mise en place d’indicateurs de réussite : ce qui veut bien dire que les fruits de cette opération seront des fruits très spéciaux : des fruits pédagogiques !
Fld : Qu’entendez-vous par l’expression “des fruits pédagogiques” ?
J.-P. L. : Ce seront des fruits mûrs à point sur lesquels il sera possible de travailler autour d’une histoire, qui permettra aux animateurs ou professeurs des écoles d’aborder un sujet précis. Un fruit, ce n’est pas qu’un aliment dans une assiette. Un fruit, c’est le produit d’une plante, du sol, de l’eau, du soleil… qui a fait l’objet d’un très grand nombre d’attentions de la part de femmes et d’hommes qu’on appelle les professionnels de la filière. Avec ce programme, s’il y a une chose à faire en priorité, c’est de rapprocher le consommateur du producteur pour donner du sens aux fruits, parce qu’ils sont porteurs de nombreuses valeurs : odeur, goût, racines territoriales… Avec toutes ces valeurs et surtout celle de l’origine, on peut créer du lien social au sein d’une classe. Par exemple, à partir des fruits, on peut prendre une carte de France, voire l’agrandir au bassin méditerranéen, et demander aux enfants de la classe quel est le fruit qu’ils associent à leur histoire familiale, à leur pays d’origine…
Fld : Que dit le cahier des charges en termes de fruits proposés à la distribution (frais, bio, de proximité, transformés…) ?
J.-P. L. : Sur la nature des fruits, le cahier des charges est l’outil de la mise en œuvre de l’opération “Un fruit pour la récré”. Par exemple, pour les fruits bio, de saison, et/ou de proximité, force est de constater qu’un grand nombre de communes ont décidé bien avant le Grenelle de l’environnement de les distribuer aux enfants. Pour autant, on ne peut pas dire aux enfants et aux responsables scolaires qu’on donnera des fruits de proximité et de saison, car cela devient trop compliqué voire impossible dans les grandes agglomérations. Mais cela ne veut pas dire que les communes ne peuvent pas le faire. A ce sujet, nous avons confié à l’association Eco Maires [qui regroupe des élus de tout bord politique ayant décidé de faire de l’environnement une priorité de leur politique publique territoriale, N.D.L.R.] de travailler auprès de 100 communes pour suivre la mise en place de ce programme et de nous rendre compte de cette action. De manière plus générale, il faut préciser qu’on ne peut pas écrire quelque part dans le code des marchés publics qu’on privilégie les fruits bio ou de proximité. Nous n’avons pas le droit de dire non plus que ces fruits doivent être français. En revanche, lorsqu’il s’agit de fruits pédagogiques, rien n’empêche de le faire, pour mettre en avant des racines territoriales, ce qui peut structurer le propos éducatif des enseignants ou des animateurs.
Fld : Qu’en est-il des fruits transformés ?
J.-P. L. : Le pilier de ce programme, c’est bien sûr les conclusions du Plan National Nutrition Santé : les Français ne mangent pas assez de fruits et les enfants encore moins. Des conclusions confirmées par l’expertise Esco de l’Inra rendue à l’automne dernier. Cette enquête souligne par ailleurs que les enfants issus des classes les plus défavorisées souffrent le plus de cette sous-consommation et qu’il s’agit d’un véritable “marqueur social”. C’est ce que Michel Barnier a appelé l’injustice alimentaire. Cette expertise dit également que les messages nationaux autour de l’alimentation en fruits et légumes n’ont pas apporté les bienfaits escomptés. Elle souligne aussi qu’au niveau local, quand on réunit tous les intervenants, les actions sont les plus pertinentes. Cette enquête mentionne également que les fruits transformés ont la même valeur nutritionnelle que les fruits frais, ce qui explique que dans le comité de pilotage nous avons associé les professionnels des fruits transformés.
Fld : Comment vont se dérouler ces appels d’offres en restauration scolaire ?
J.-P. L. : Nous avons travaillé avec Interfel et l’Association des restaurants en gestion directe (CCC) pour imaginer comment intégrer ces fruits pédagogiques dans la commande globale du marché public et nous avons fait valider cette démarche par la DGCCRF. Il est ainsi possible de le prévoir, si cela ne déstabilise pas l’ensemble du marché en termes de lisibilité de l’appel d’offres et de concurrence.
Fld : Et quels sont les partenariats que vous avez noués avec la filière fruits et légumes ?
J.-P. L. : Les acteurs de la filière se mobilisent. Si l’on prend le cas de la FNPF, elle a mis en place un lien direct avec le site du ministère “Un fruit pour la récré”. Cet été l’UNCGFL annonçait avoir reçu plus de 150 propositions d’adhérents pour des visites d’entreprises. Des discussions sont en cours [à fin juillet, N.D.L.R.] avec les entreprises de transformation de fruits ou encore avec des distributeurs. C’est tout l’objectif du site Internet dédié au projet, il doit être un carrefour d’échanges entre les différents partenaires et être un lieu de ressources pour que ceux qui ont souhaité se lancer dans un projet trouvent toutes les informations dont ils ont besoin. C’est en ce sens que j’avais lancé un appel à la filière (cf. fld hebdo du 29 juillet) leur précisant que s’ils veulent que les jeunes mangent des fruits, il faut qu’ils se mobilisent pour qu’un maximum d’entreprises s’engagent à recevoir une classe de maternelle, de CM2… Parmi les démarches éducatives, il y en a une extrêmement importante : la reconquête du consommateur à partir des relations humaines. C’est très important de rapprocher le consommateur du producteur et qu’un fruit ne soit plus un banal produit dans une caisse sur un étal, mais plutôt un produit qui a fait l’objet de multiples soins de la part de femmes et d’hommes qu’on appelle les professionnels de la filière.
Fld : Quel est le budget investi par le ministère pour la distribution de fruits ?
J.-P. L. : Nous avons le budget annoncé par Michel Barnier : le financement de 50 % des fruits destinés aux 1 000 premières écoles situées en ZEP, soit un budget global de 1,5 million d’euros, dont 750 000 euros proviennent du ministère. Cet argent, nous sommes allés le chercher auprès de grandes entreprises partenaires historiques du ministère, comme le Crédit agricole, Groupama, la MSA, la Mutualité française, et même auprès de grandes entreprises de l’agroalimentaire voire d’entreprises du secteur des fruits transformés. Au 1er septembre, Groupama et la MSA ont confirmé leur partenariat dans ce projet. Le Crédit Agricole n’a pas encore pris sa décision et la Mutualité française a décliné notre offre !
Fld : Vous voulez dire Materne, Andros… ?
J.-P. L. : Oui pourquoi pas quand ils proposent des produits sans sucres ajoutés. Ce ne sera pas facile à faire accepter à l’ensemble de nos partenaires. En matière de prévention du surpoids et de l’obésité, on cible de grandes firmes agroalimentaires, mais je pense que l’origine du problème vient du fait que les gens ne se nourrissent pas correctement. Pour les enfants, je suis désolé mais ce sont les parents qui sont les premiers responsables. C’est pour ces raisons que le programme proposé par Michel Barnier est avant tout basé sur une démarche éducative de changement des habitudes alimentaires.
Fld : L’adhésion devra-t-elle donc forcément venir des communes ?
J.-P. L. :L’opération consiste à distribuer des fruits crus ou cuits une fois par semaine. La signature du cahier des charges (cf. "Le cahier des charges en quelques points") porte sur 36 semaines. Je me bagarre en ce moment pour que les communes puissent adhérer n’importe quand et pendant toute l’année. Car le “pas de temps” des collectivités territoriales n’est pas du tout celui de l’Etat. Dans une commune avant de décider d’une action, il faut en parler en commission, en groupe de travail, dans la rue, au bistro… En tant qu’ancien maire adjoint de communes rurales pendant 26 ans dans le Calvados, je peux vous dire que le budget de la cantine ou du restaurant scolaire est toujours suivi attentivement et que sa gestion n’est pas quelque chose d’anodin. La date limite des adhésions était prévue au 1er septembre, nous avons décidé de la différer au 17 octobre pour permettre aux conseils municipaux et aux écoles de s’organiser. On peut aussi être en face d’une commune qui annonce qu’il y a effectivement un budget supplémentaire, qui ne peut être absorbé cette année bien qu’elle mène une action ponctuelle. Il en est de même pour certaines écoles, des producteurs, des distributeurs ou une association de parents d’élèves qui souhaiteraient organiser une opération limitée dans le temps. Dans ce cas, nous avons prévu d’attribuer, pour ces actions ponctuelles, un label “Un fruit pour la récré”, opération soutenue par le ministère de l’Agriculture. L’intérêt de ce label est de pouvoir réaliser une opération qui respecte la qualité des fruits, l’appui pédagogique sans la contrainte de la durée du cahier des charges. C’est notamment le cas d’un grand distributeur, Intermarché, en partenariat avec l’association des Eco Maires, qui a créé des documents pédagogiques de très grande qualité (cf. page ci-contre). C’est le cas également de détaillants (membres de l’UNFD) et de grossistes de l’UNCGFL qui organisent des visites de classes dans leurs magasins, proposent des dégustations aux enfants accompagnées de supports pédagogiques.
Fld : En termes d’évaluation vous êtes tout à fait dans le cadre du programme européen ?
J.-P. L. : C’est exact, il n’y a pas de projets sérieux qui ne s’évaluent pas. Aussi, nous avons engagé trois sortes d’expertises. L’une avec les Eco Maires, une autre avec l’association Jeunesse en plein air (JPA) pour la distribution de fruits dans les centres de loisirs. Enfin, d’une manière plus générale, une évaluation de la distribution des fruits à l’école sera financée par la DGPAAT (45 000 euros), ce qui permettra de faire cette évaluation via des experts extérieurs où sera pris en compte l’aspect social, économique et nutritionnel des actions. Aussi, je ne pense pas que la démarche française soit précipitée, c’est une action préliminaire, un galop d’essai intéressant qui devrait pouvoir éclairer les communes en prévision de son élargissement au niveau européen vraisemblablement dès la prochaine rentrée scolaire en septembre 2009.
Fld : Le ministère de la Santé finance-t-il le volet pédagogique du projet ?
J.-P. L. : Non, cela n’a pas encore été envisagé, les responsables du PNNS se sont beaucoup impliqués dans ce programme. Nous souhaiterions maintenant qu’un partenariat concret se mette en place avec l’Institut National de Prévention et d’Education à la Santé (INPES).
Fld : Et le ministère de l’Education ?
J.-P. L. : Le partenariat est déjà là avec un réel engagement dès le début du projet. Après, c’est le ministère de l’Agriculture qui supporte tout dans la mesure où il finance l’équipe du projet, les actions par convention (avec les Eco Maires à hauteur de 30 000 euros), la convention avec Jeunesse en plein air (170 000 euros) et l’évaluation via la DGPAAT (45 000 euros) ainsi que toute la logistique autour de la mise en œuvre de la méthodologie du projet.
Fld : A quel moment s’achève votre mission ?
J.-P. L. : Je suis IGREF, j’appartiens au Conseil général de l’Agriculture. C’est une instance de Sages, à la disposition du ministre, qui fait soit du contrôle et du suivi, soit de l’expertise et de l’évaluation. Par rapport à ma lettre de mission, j’ai déjà terminé mon travail, je suis donc allé beaucoup plus loin. J’étais là pour amener du concept et de la méthodologie afin de définir des objectifs stratégiques. Aujourd’hui je suis passé aux objectifs opérationnels et j’ai les mains dans le cambouis ! Généralement, nos missions s’arrêtent à une expertise mais ce projet est passionnant et il eut été dommage de ne pas aller plus loin !
Fld : Quelle sera votre prochaine mission ?
J.-P. L. : D’abord, l’élargissement du projet au niveau des 27 Etats membres va demander un investissement en temps dans les premiers mois de 2009. Ensuite, j’ai une passion : l’agriculture de précision. Il y a une évolution assez extraordinaire en termes de préservation de l’environnement, de la biodiversité, d’économies à réaliser par rapport aux charges des structures des entreprises, y compris pour les producteurs de fruits et légumes. Pour cela il faudrait mettre d’accord tous les constructeurs de machines agricoles donc tout un travail à entreprendre mais ce ne sont pas les membres du CGAAER qui s’inventent et se choisissent leurs missions !
995 000 € C’est la part financée par le ministère de l’Agriculture dans le projet (sans compter la part salariale). Il comprend 750 000 € dédiés à la distribution de fruits dans les 1 000 premières écoles en ZEP. 170 000 € : convention avec JPA pour l’opération “Un fruit pour les loisirs” 30 000 € : convention avec les Eco Maires. 45 000 € : évaluation financée par la DGPEEI.- L’achat des fruits supplémentaires est à la charge des communes. Si la collectivité a déjà contractualisé un marché, il lui est possible de s’engager sur un autre contrat (il n’existe pour l’heure pas de minimum ni de maximum, mais il faudra rester dans le cadre de la logistique normale).
- Les enfants concernés doivent fréquenter les classes maternelles et élémentaires pendant le temps scolaire.
- Des fruits sous toutes leurs formes : frais, préparés, tranchés, parés, en salades, brochette, ainsi que transformés (compotes, jus de fruits, fruits tranchés en sachets...).
- Qualité des fruits : les collectivités doivent s’engager à respecter les exigences de qualité décrites dans le cahier des clauses types CCC-Interfel. Les fruits devant être différents de ceux distribués à la cantine.
- Quantité et fréquence de distribution : il s’agit d’une portion de fruit de 100 g par semaine pendant les 36 semaines de la période scolaire pour augmenter la ration des enfants de 9 % en moyenne sur l’année entière.
- Coût approximatif de la distribution : deux études l’une de l’UNCGFL, l’autre de l’UNFD, ont évalué le coût de cette distribution aux environs de 0,20 € le fruit livré, soit 9,24 € par enfant et par an.
- Les documents destinés aux enfants, aux enseignants, parents et ambassadeurs des fruits : ils seront disponibles sur le site dédié du ministère avec des liens vers les sites des professionnels en particulier le site pédagogique Eduscol. Quant aux visites dans les sociétés, un catalogue des entreprises qui ouvriront leurs portes sera mis à disposition. Un projet de convention ministère de l’Education nationale, ministère de l’Agriculture et Interfel pour encadrer la démarche était en cours d’élaboration.
Retrouvez ce cahier des charges intégral sur le site du ministère http://agriculture.gouv.fr/sections/magazine/focus/fruit-pour-recre/cahier-charges-appel-d
Depuis 2005, les Mousquetaires font découvrir les fruits de saison à des élèves de CE1 autour d’une dégustation. Pommes en septembre (photo ci-dessous), clémentines en décembre, bananes en avril et abricots en juin sont distribués aux enfants et les professeurs ont reçu des supports pédagogiques spécifiques (Jane la banane, Pam la pomme). Dans la commune du Bosc (Hérault), le concept Récrés Fruitées (photo ci-dessous) a vu le jour en 2002. Préparés par les agents territoriaux, les fruits et légumes ont été plus que sélectionnés et livrés par le Réseau Creno.
Durant tout l’été, 2 millions d’enfants ont reçu des fruits et des cartes postales à envoyer à leurs parents, dans le cadre de l’opération “Un fruit pour les loisirs”, organisée par Jeunesse en plein air (JPA) et le ministère de l’Agriculture. Avec un budget global de 400 000 € (dont 170 000 € de l’Etat), l’opération durera jusqu’au 31 décembre et donnera lieu à des distributions de fruits et des animations, les mercredis et le soir. Quant à l’an prochain, tout dépendra du choix budgétaire du ministère.




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