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Epicerie solidaire |
mardi 13 juillet 2010 |
« La réflexion a été mûrie pendant deux ans, explique Henri Tisseyre, président de l’Association Solid’Arles. Nous sommes partis d’un double constat. D’une part, les gens consomment de moins en moins de fruits et légumes, soit par manque de moyens, soit par perte d’habitude alimentaire. D’autre part, certains agriculteurs n’arrivent plus à vivre de leur travail, ont des difficultés à s’insérer dans les circuits de distribution traditionnels et cherchent donc de nouveaux débouchés. Un débat s’est instauré avec nos différents partenaires, Confédération paysanne, Solidarité Provence Paysanne, l’Adear (Association de développement de l’emploi agricole et rural), la Croix Rouge, le Secours Catholique, le Secours Populaire, les collectivités locales et territoriales. Nous ne voulions pas d’une épicerie sociale traditionnelle, mais d’un point de vente ouvert à tout le monde. Les consommateurs, dans leur ensemble, doivent se réapproprier les fruits et légumes et réapprendre à les réintégrer dans leur alimentation. »
L’originalité du point de vente réside dans la tarification. Deux systèmes ont été mis en place : le tarif 1 pour le public en difficulté, le tarif 2 pour les autres consommateurs. Le tarif 1 est attribué sur la base de justificatifs délivrés par les organismes sociaux et dont peuvent bénéficier, par exemple, les ménages à petits revenus, les étudiants ou encore les retraités et les “salariés pauvres”. Triste expression. « Nous appliquons une marge globale de 1,35 sur l’ensemble des fruits et légumes achetés aux producteurs. Elle est de 1,38 pour les “consommateurs 2” et de 1,03 pour les “consommateurs 1”. C’est une marge symbolique mais elle permet aux adhérents de se dire “Je ne suis pas dans une démarche d’assisté car je participe aux frais de structure et au revenu du producteur”. » A noter également que dans la même préoccupation, l’adhésion à Solid’Arles est de 1 € minimum/an.
La transparence passe par le triple affichage
Dans un souci de transparence, un triple affichage a été installé pour chaque produit. L’affichette porte le nom du producteur, le prix auquel lui a été payée la marchandise et les tarifs 1 et 2. En revanche, par souci de discrétion, personne dans le magasin ne sait qui relève des tarifs 1 ou 2. Le client donne son numéro d’adhérent lors de son passage en caisse et, sur cette base, le montant de ses achats est calculé informatiquement. « Les prix payés producteurs sont fixés par la Commission Qualité-Prix, au minimum une fois par saison, ajoute Henri Tisseyre. Mais nous aimerions arriver à une autre démarche, basée non pas sur le prix des produits mais sur le revenu global du producteur afin qu’il parvienne à un prix de revient décent et rémunérateur. » Le point de vente (250 m2) sert environ 2 200 Arlésiens par an, issus à part égale du quartier populaire de Griffeuille (à l’Est d’Arles) où il est installé et d’autres quartiers de la ville. Il est ouvert du mardi au samedi et les livraisons sont bihebdomadaires. « Hormis les noix qui viennent de la Vallée du Rhône ou les clémentines qui arrivent de Corse, nous privilégions les achats locaux », souligne-t-il.
Jacques Rambaud, producteur à Gordes dans le Vaucluse, est l’un des 35 agriculteurs (ils étaient 20 au lancement) qui approvisionnent le magasin. « Je travaille avec Solid’Arles depuis un an et j’y suis venu par le bouche-à-oreille. L’idée de départ était d’y apporter des produits en complément de leur assortiment. Mais Solid’Arles n’est pas le principal débouché pour mes productions maraîchères (asperges, pommes de terre, tomates, melons, etc.) et fruitières. Je vais très régulièrement au marché paysan de Coustellet, où je vends la majorité de ma marchandise, je livre des restaurants et je fais de la vente à la ferme. Mais Solid’Arles est un débouché intéressant. J’y livre le mardi le surplus du marché dominical de Coustellet. Les deux systèmes sont tout à fait complémentaires. » Le système de fixation des prix lui convient également. « Je propose un prix qui est validé ou pas par la Commission. D’une manière générale, je leur propose les prix que je pratique sur le marché, c’est-à-dire calés sur les prix de revient. » Maraîcher spécialisé dans le plein champ et désirant le rester, Jacques Rambaud n’a pas la capacité à augmenter son offre auprès de Solid’Arles. « Néanmoins, la production de raisin de table sera prioritairement réservé au magasin d’Arles », ajoute-t-il. Les livraisons sont à la charge du fournisseur, c’est pourquoi Jacques Rambaud assure les livraisons à tour de rôle, avec deux autres agriculteurs de son secteur éloigné d’Arles. Mais il y trouve son compte. En cas de mévente de ses fruits et légumes, c’est Solid’Arles qui en prend la charge sans retenir de déduction sur le prix de vente. Et il conclut : « Il est possible de faire profiter à certaines familles de produits de bonne qualité et sans tape-à-l’œil. »
Les exploitations (et pas forcément des microstructures) sont visitées par une commission avant d’être “agréées” pour ne pas dire “référencées”. C’est Joël Marnetto qui est chargé des commandes, de la réception des marchandises et de l’animation des ventes. « Un gros travail est réalisé à l’amont, pour parcourir et vérifier l’état des exploitations, rencontrer les agriculteurs (tous adhérents de Solid’Arles) puis estimer leurs calendriers de production. Je passe mes commandes par téléphone quasiment tous les jours, mais il y a parfois des surprises. Etre en rupture de stock de pommes de terre ou d’oignons, est une difficulté insurmontable. Les commandes sont réalisées en fonction de l’ambiance du moment et d’un paramètre incontournable : le marché hebdomadaire. Nous savons que ce jour-là, nos adhérents ne viendront que pour se procurer seulement des compléments d’achats. En revanche, si la météo est mauvaise, nous sommes sûrs qu’il y aura affluence. C’est notre baromètre mais toute la difficulté consiste à anticiper les besoins. Nous n’avions pas prévu par exemple que nous serions en rupture de stock de sacs de pommes de terre de 10 kg. Et ça, ça ne le fait pas. »
Améliorer les partenariats
Le samedi, le magasin accueille en moyenne 200 à 300 clients. « Ils viennent chercher ici des produits basiques, toujours de saison, comme les choux, oignons dont nous écoulons de gros volumes, poireaux, pommes – nous avons proposé cet hiver des caisses de 15 kg de Granny à 5 € –, des pommes de terre, de la salade – nous ne parvenons pas à tenir la demande en mâche –, des clémentines de Corse, des poires, etc. Régulièrement, nous annonçons des offres promotionnelles du type “un acheté, un gratuit’. Car les consommateurs en difficultés n’ont pas les mêmes priorités. Les gros achats sont réalisés par les familles nombreuses ou les consommateurs qui aiment cuisiner. En revanche, les retraités sont plus attirés par les fruits ou les légumes pour les conserves ou la confiture. »
La vente de fruits et légumes, de produits transformés, d’œufs, de viande, de fromages, représente 80 % du chiffre d’affaires de Solid’Arles, le reste provenant d’aides publiques. Mais l’objectif est d’augmenter les ventes. « Pour y parvenir, nous avons plusieurs pistes de développement : les livraisons dans les crèches de CCAS, les fast-foods, les restaurants d’entreprises, ou encore la fourniture des maisons de retraites. Cela nous permettrait de lisser les charges, d’assurer un équilibre financier et d’éviter une augmentation des prix consommateur. » Ce qui implique une amélioration des partenariats avec la production, souvent rétive à la livraison de petits volumes, et d’avancer sur l’angle de la consommation responsable avec les adhérents, présents ou futurs. Mais chacun devrait y trouver son compte.
Véronique est en galère, adhérente de Solid’Arles mais aussi bénévole. « Le rôle du bénévole est d’assister les salariés permanents dans leurs tâches quotidiennes : réachalander les rayons, prendre les nouvelles inscriptions ou leur renouvellement, proposer des activités, participer aux différentes commissions ou encore aux relevés comparatifs de prix dans les différents magasins de la ville. Il n’y a pas d’obligation de présence, mais celle de tenir les engagements pris auprès de l’association. La seule rétribution se trouve dans les échanges et le partage qui se traduisent souvent par des amitiés suivies. Le bénévolat m’a apporté une forme de resocialisation que j’avais perdue aux travers des difficultés de ma vie personnelle et professionnelle. » Véronique passe souvent au magasin. « Solid’Arles est une opportunité de manger des f&l sans que le porte-monnaie pleure à la fin du mois. J’en consomme beaucoup ainsi que ma fille. Je dépense 15 e/semaine, alors qu’il m’en coûterait le double chez un primeur. L’assortiment proposé me convient et j’ai même pu l’an dernier acheter des fraises et des asperges. Mais aller chercher des produits trop loin aurait un coût supplémentaire. Autant rester sur des produits de saison, locaux et permettre aux producteurs de la région d’écouler leur récolte. Je vois mal Solid’Arles proposer des agrumes. L’association y perdrait son âme et ses fondements. C’est le type de produit que je vais chercher au marché. » La double tarification est un élément auquel Véronique est sensible. « A la caisse personne ne sait qui est consommateur 1 ou 2. Cela donne un sentiment d’égalité et supprime celui de ne pas pouvoir payer. Il y a dans Solid’Arles un intérêt économique certain. Mais, au-delà, il y a surtout une dimension sociale qui ramène à l’être humain. » Mais la chute de l’entretien est plutôt abrupte. Cependant la question était essentielle : quand on a de petits moyens comment est perçue l’opération 5 par jour ? « J’ai bien compris que c’est une campagne de santé publique, explique Véronique. Mais pour des personnes en difficultés, elle renvoie à l’image de gens qui ne peuvent s’offrir une bonne santé. C’est pas très fun ! »









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