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Portrait d’entreprise |
mardi 11 mai 2010 |
Créateur de Fort & Vert en 1997, Grégoire Dupont fait partie de ceux qui ont parié très tôt sur le développement du bio. Sûrement plus par conviction que par opportunisme. Ses bagages ? D’abord une formation d’ingénieur agro, mais surtout un passage dans les rayons fruits et légumes de l’enseigne Auchan de 1990 à 1997.
A l’époque, l’idée est novatrice : créer une plate-forme regroupant les produits frais sous label “Bio” permettant d’approvisionner GMS et magasins spécialisés implantés en Nord-Picardie. « Cette plate-forme devait collecter le maximum de produits frais sous le label Bio pour les redistribuer en région », précise-t-il. L’objectif était sûrement très ambitieux. Quelques années plus tard, le fondateur de Fort & Vert ne se consacre plus qu’aux seuls fruits et légumes bio.
Le challenge n’était pourtant pas mince à relever. D’autant que le Nord-Pas-de-Calais a toujours été à la traîne en matière de bio, toujours considéré comme production marginale par ses responsables agricoles. Même si Marie-Christine Blandin, la jeune élue verte arrivée en 1992 à la présidence du Conseil Régional, pèsera de tout son poids politique pour donner l’impulsion nécessaire au développement du bio.
Passer à la vitesse supérieure
Grégoire Dupont se souvient encore de ce jour de 1997 où il présenta son projet aux administrateurs de l’interprofession régionale de l’agriculture biologique (Aprobio) au lycée agricole d’Arras. C’était l’année où Philippe Vasseur, alors ministre de l’Agriculture, donnait un sérieux coup de pouce au secteur. Pour Grégoire Dupont, le contexte régional était plus que favorable.
Ses trois premières années d’entrepreneur l’ont marqué. « J’ai commencé dans les locaux de Picardie-Fruits, une OP qui avait implanté un bâtiment de 1 500 m2 sur la zone industrielle d’Arras pour commercialiser les pommes et les poires de ses adhérents. Je disposais à l’époque d’une centaine de mètres carrés pour lancer mon activité », se souvient-il. Six mois après son installation, Picardie-Fruits cesse ses activités, ce qui oblige le chef d’entreprise à rechercher de nouveaux locaux. Il poursuit ses activités de négoce dans un coin de hangar chez un agriculteur de Sailly-en-Ostrevent (Pas-de-Calais). Il se souvient de ses premières livraisons effectuées en Peugeot 106 jusqu’à ce qu’il décide d’investir dans son propre bâtiment et de passer à la vitesse supérieure.
Un secteur concurrentiel
En février 2003, il décide donc de construire un bâtiment de 1 800 m2 dans la zone industrielle d’Arras. Le bâtiment est situé à quelques centaines de mètres de celui des Ets Desmazières, négociant en plants de pommes de terre, avec lequel il entretient un partenariat fort depuis le départ de son projet. Les crises sanitaires des années 2000 (poulets à la dioxine, ESB) et plus récemment le Grenelle de l’Environnement ont boosté le développement de Fort & Vert… Jusqu’à ce que Grégoire Dupont ressente les effets de la crise plus de neuf mois après octobre 2008. « Si les convaincus du bio n’ont pas changé leurs pratiques, les opportunistes s’en sont détournés, notamment pour des questions de prix », explique-t-il.
Fort & Vert attise malgré tout la concurrence. « Dans un secteur fruits et légumes en crise, le développement du bio ne peut qu’attirer de nouveaux opérateurs », explique-t-il. C’est ainsi, par exemple, que le groupe Demex vient de lancer Vibio en juillet 2009 et la coopérative de producteurs Norabio a rejoint depuis mars le réseau national CohéFlor Bio, réunissant six groupements répartis sur l’ensemble du territoire national. De quoi faire sortir Grégoire Dupont de son habituelle discrétion !
Un noyau dur de producteurs
Aujourd’hui, le fondateur de Fort & Vert affiche ses valeurs. En insistant d’abord sur les principes qui ont prévalu lors de la construction de son bâtiment. Ni béton, ni poutrelles d’acier : rien que du lamellé-collé et des puits de lumière pour le confort de travail de l’ensemble du personnel. « On dispose d’au moins huit poubelles différentes pour effectuer le tri de nos déchets », ajoute-t-il. Un signe fort lancé à ses clients. Quant aux fruits et légumes, ils sont bien sûr conditionnés dans des barquettes “compostables et biodégradables”… originaires d’Allemagne !
La stratégie industrielle de Fort & Vert est claire : il s’agit de proposer aux clients de l’aval des produits bio offrant une véritable proximité en matière d’approvisionnement tout en respectant la saisonnalité et le goût des produits commercialisés. « Nous entretenons une véritable relation de proximité avec nos magasins », explique Grégoire Dupont qui n’hésite pas à programmer ses livraisons deux à trois fois par semaine.
Grégoire Dupont s’appuie également sur un noyau dur de six à sept agriculteurs sur les vingt qui le livrent en fruits et légumes régionaux. Avec eux, il fait le point deux fois par an pour définir les volumes et les prix des variétés de fruits et de légumes à cultiver. Mais sans aucune exclusivité.
« Le fait de travailler des produits bio exige de déployer des efforts considérables en matière de logistique par rapport aux circuits conventionnels. Les volumes des magasins spécialisés sont sans commune mesure avec les fruits et légumes conventionnels, ce qui nous oblige à des efforts en matière logistique et de préparation de commandes beaucoup plus importants », souligne-t-il.
Depuis la création de Fort & Vert, le bio est toujours resté cette niche qui souffre d’un manque de produits et de producteurs. Mais Fort & Vert poursuit son développement : l’entreprise vient d’être agréée Saveurs en Or : une façon de mettre en cohérence son discours et ses pratiques quotidiennes.
Fort & Vert a réalisé 10 M€ de chiffre d’affaires en 2009. L’entreprise a construit en février 2003 un bâtiment de 1 800 m2 – dont 200 m2 de bureaux – sur un terrain de 1 ha situé dans la zone industrielle d’Artoipôle près d’Arras (Pas-de-Calais). Elle emploie actuellement 40 salariés (temps plein et CDD) ainsi qu’une vingtaine de saisonniers de janvier à juillet.
Fort & Vert a commercialisé l’an passé quelque 5 000 t de f&l bio, dont environ 600 t provenant de la région. Son objectif à court terme est « qu’un fruit et légume bio sur cinq provienne de cette région Nord-Pas-de-Calais ». La plate-forme livre les GMS (65 %), une quarantaine de magasins spécialisés, des commerces non sédentaires (25 %), la restauration collective (5 %) et expédie une partie de ses f&l hors région (5 %).
« Malgré parfois un surcoût sur certaines productions, nous avons toujours souhaité privilégier les productions régionales », explique Grégoire Dupont. Jusqu’à présent, Fort & Vert regroupait une production bio locale ; encore fallait-il le faire savoir aux consommateurs ! C’est désormais chose faite depuis novembre 2009. Depuis cette date en effet, Fort & Vert appose la marque commerciale collective Saveurs en Or sur ses fruits et légumes récoltés dans le Nord-Pas-de-Calais : pommes de terre, endives, carottes, navets, poireaux, choux, céleris, courges, pommes, poires… Et cette année viendront s’ajouter courgettes, salades, fenouils, fraises, tomates et choux-fleurs. C’est une exclusivité de Fort & Vert qui insiste sur le partenariat développé avec les producteurs locaux pour définir variétés, itinéraires techniques, traçabilité des fruits et légumes… « Produire, transformer, distribuer et consommer en Nord-Pas-de-Calais », c’est la devise de Saveurs en Or, la marque commerciale des produits régionaux du Nord-Pas-de-Calais. Lancé en septembre 2004, Saveurs en Or avait à l’époque de sa création trois objectifs : redonner un dynamisme aux produits régionaux, permettre aux consommateurs d’identifier les produits de leur région et faire valoir le savoir-faire des producteurs et des transformateurs. Pour bénéficier du logo Saveurs en Or, les entreprises doivent produire en Nord-Pas-de-Calais ou transformer en région à partir de matières premières régionales. Une commission agrée les produits respectant les directives générales par classe de produits. A l’agrément, puis au cours de l’année, des audits sont réalisés par un organisme indépendant pour vérifier les conformités aux cahiers de charges. Saveurs en Or réunit 140 entreprises, 70 producteurs agricoles et plus de 500 produits agréés.









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