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Valérie Boyer, députée des Bouches-du-Rhône |
mardi 10 mai 2011 |
La santé publique et le dossier spécifique de l’obésité, la députée des Bouches-du-Rhône les connaît bien. Elle avait d’ailleurs rédigé un rapport sur l’obésité en 2009. Un rapport à l’origine du Plan Obésité voulu par Nicolas Sarkozy et mis en musique par le ministère de la Santé. « J’ai souhaité faire ce rapport, car le sujet de l’obésité m’intéressait beaucoup, j’y étais très sensible. C’est un problème de société avant d’être un problème de santé. C’est en ce sens que j’ai été rapporteur dans le cadre de la loi Hôpital Patient Santé Territoires car l’alimentation est un sujet sur lequel je me suis imposée à l’échelle nationale comme en local à Marseille. » En effet, en tant que maire adjointe de la ville de Marseille, Valérie Boyer a mis en place de nombreuses actions de promotion de lutte contre l’obésité tant auprès des jeunes que des populations défavorisées : « j’ai aussi fait la promotion de l’éducation alimentaire, des savoir-faire ménagers ainsi que la promotion des marchands de fruits et légumes. » C’est donc tout naturellement que Valérie Boyer s’est attaquée à l’utilisation des titres restaurants. « Il m’est arrivé souvent d’acheter autre chose que des produits alimentaires avec des titres restaurants. Il m’a semblé normal de défendre l’achat de f&l avec des titres restaurants, pour favoriser la consommation de f&l qui chute depuis plus de trente ans. Je ne vous cache pas que cela a été dur. La commission des titres restaurants était extrêmement réticente et les restaurateurs aussi. Ils avaient peur que le titre restaurant soit dévoyé en bon d’alimentation. Mais honnêtement les fruits et légumes, ce n’était pas grand chose et c’était tellement bénéfique pour la santé. Il faut rappeler que les principaux bénéficiaires des titres restaurants ce sont les boulangers, alors à ce moment-là il fallait les interdire aussi ! Et faire de ces titres restaurants des mesures spécifiques fast-food ! » Pour autant, Valérie Boyer insiste : « l’objectif de cette mesure était aussi de faciliter l’achat de fruits et légumes donc d’inciter les marchands de fruits et légumes à en proposer de façon plus vendeuse et plus facile à consommer comme le proposent d’autres pays européens, le Royaume-Uni ou l’Espagne. » Si elle reconnaît que des efforts ont été faits, elle estime que l’offre de f&l prêts à consommer reste encore assez rare chez les détaillants.
Un combat qui n’est pas gagné en particulier avec l’Ania
Dans le cadre de son attachement à une meilleure alimentation, Valérie Boyer s’intéresse de près à l’étiquetage des aliments. « Je suis déçue que l’on n’avance pas assez vite sur ce dossier d’étiquetage sur les emballages alimentaires et des allégations nutritionnelles. C’est absolument essentiel de bien informer les consommateurs, de ne pas les tromper sur ce qu’ils achètent tant en termes de calories, de teneur en sel, en sucre, en gras, d’alicament tout comme de prix. Souvent les prix sont affichés au kilo, un prix à l’unité permettrait de mieux comparer et d’avoir un étiquetage juste. » Pour l’heure le combat n’est pas gagné en particulier avec l’Ania. Quant aux produits alimentaires non transformés (frais, surgelés et en conserve), Valérie Boyer, insiste : « Si on baisse la TVA sur les produits alimentaires, on ne verra pas la différence. Ce n’est pas cela qui compte. Dans le cadre des f&l, cette baisse ne garantit pas la qualité. La difficulté réside avant tout dans l’accès à des f&l de qualité et plus encore de fruits que de légumes qui peuvent être cuisinés. Je ne suis pas sûre qu’une telle mesure ralentisse cette désaffection des consommateurs pour les fruits et légumes. Je reste convaincue que ces produits ne sont pas assez bien vendus par les distributeurs. Si vous vendez des fruits à l’unité au rayon du goûter cela favoriserait l’achat, tout comme l’offre en fruits préparés. » Elle annonce par ailleurs avoir fait plusieurs interventions allant dans le sens d’une promotion des produits non transformés (frais, surgelés en conserve) et de proximité. « Il va falloir travailler sur la qualité de ces produits tout en jouant sur la saisonnalité et la proximité. Et il faut que cela aille au-delà du “Panier des essentiels” (cf. fld hebdo du 12 avril 2011). Les distributeurs doivent faire des efforts en particulier pour les plus démunis en ne proposant pas que des produits 1er prix et de mauvaise qualité nutritionnelle. » Et cette révolution n’ira pas sans un « réapprentissage des savoirs manger : cuisiner, consommer, etc. Dans le cadre de ma délégation à Marseille j’ai mis en place des ateliers de cuisine, j’ai favorisé la promotion des jardins partagés et je trouve que les Amap sont un moyen intéressant de développer la distribution des produits frais. »
En tant que maire adjointe de Marseille, Valérie Boyer a largement fait entendre sa voix lors de la dernière grève du Port autonome de Marseille (cf. fld hebdo du 8 février 2010). « Je ne peux pas me réjouir à l’idée que quelques personnes mettent en péril de nombreuses entreprises et notamment la filière des fruits et légumes. C’est un scandale, c’est extrêmement préjudiciable pour le développement économique de la ville de Marseille. Et la pente va être dure à remonter, alors que nous avons un potentiel de développement très important. » Malgré cet écœurement Valérie Boyer estime que le cadre des négociations a complètement changé. « L’impopularité des grévistes est très importante aujourd’hui. Nous avons communiqué sur les salaires et les conditions de travail de certains d’entre eux et il est notable qu’il y a un véritable changement d’attitude autour du port. Il est nécessaire désormais de restaurer la confiance des entreprises qui ont beaucoup pâti de cette grève. »
Surveiller la qualité des plats servis dans les cantines
Et pour ne négliger aucun secteur du commerce alimentaire, Valérie Boyer s’est attaquée à la qualité nutritionnelle des plats servis dans les cantines. Elle présidait ainsi les Premières assises parlementaires de la restauration collective le 13 avril dernier à l’Assemblée nationale. Plus que tout autre sujet, elle avoue avoir « très mal pris » la décision de la Commission des normes (CCEN) qui retoquait le texte réglementaire (cf. fld hebdo du 22 mars 2011) portant sur les recommandations nutritionnelles et de grammage en restauration collective (GEMRCN) paru dans la loi de modernisation de l’Agriculture (LMA) en juillet 2010. « C’est indispensable de ne pas revenir sur ce qui a été voté par les Parlementaires, martèle Valérie Boyer. Ce ne sont pas des normes parmi tant d’autres, elles ont donné lieu à un long processus d’élaboration et de maturations tant de la part des scientifiques que des professionnels de la restauration collective et des collectivités locales, c’est donc une volonté politique qui est affichée. » Il ne manque plus à ce jour que les décrets d’application pour rendre obligatoires ces recommandations. En effet, depuis déjà près de trente ans, ce sujet a fait l’objet de nombreux débats, « elles ont même été votées quatre fois par les Parlementaires, insiste-t-elle. C’est en ce sens que j’ai rencontré François Fillon et Bruno Le Maire pour manifester mon désaccord et qu’il n’était pas possible de se voir débouté. C’est un accord que nous avons pris entre plusieurs parties : les scientifiques, les professionnels du secteur, les collectivités locales. La déclaration de Bruno Le Maire lors des assises est venue conforter ma prise de position (cf. encadré). Et je peux dire que le gouvernement aujourd’hui travaille à ce que ces recommandations soient plus faciles à appréhender par l’ensemble des collectivités. » Aussi, les Premières assises parlementaires ont permis d’aborder le sujet de restauration collective. Et déjà Valérie Boyer annonce que des contacts ont eu lieu avec les départements d’outre-mer. « Nous avons vu tout l’intérêt qu’il y a d’aborder un tel sujet et les départements d’outre-mer se sont montrés très intéressés. Là-bas, la restauration collective est très chère. Et c’est toute la chaîne qu’il faut réorganiser. On est en train de travailler sur quelque chose de spécifique. Dans le cadre du PNNS 3 et du programme national pour l’alimentation, il est prévu un volet spécial pour nos régions ultrapériphériques. » Et de nouvelles Assises parlementaires de la restauration collective devraient de toute évidence être organisées.
Car selon les paroles même de Valérie Boyer il s’agit d’« un enjeu sanitaire important et économique. L’intérêt des parents à la santé de leurs enfants est devenu capital. C’est une manière de transmettre le bien manger. Il s’agit donc d’une volonté de société et il est nécessaire qu’elle soit traitée de manière réglementaire. C’est une question de santé publique. »
Le 13 avril, Valérie Boyer présidait les Premières assises parlementaires de la restauration collective à l’Assemblée nationale. Objectif : faire le point sur les avancées nutritionnelles des plats servis à la cantine. Organisées en deux tables rondes, ces rencontres ont permis d’aborder aussi bien le volet santé, avec les interventions de Philippe Houssin, directeur général de la Santé, et Jean-Pierre Giordanella, secrétaire général de la mission Plan nutrition Obésité. « Dans le cadre du PNNS, l’école est un champ d’action extrêmement important. Un milliard de repas y sont servis annuellement. L’école a donc un rôle d’exemplarité qui peut avoir des effets sur la consommation et l’achat par effet domino », a indiqué Philippe Houssin.
Pascale Briand, directrice générale de la DGAL, s’est attachée à présenter le PNA tout droit issu de la LMA. Ce plan a pour mission de relier l’agriculture et l’alimentation à d’autres secteurs comme c’est déjà le cas pour “Un fruit à la récré” avec le concours de l’Education nationale ou “Un fruit à l’hôpital” avec le ministère de la Santé. « Il s’agit d’une gouvernance complexe qui associe plus de trente directions d’administration centrale pour travailler sur “le bien manger au quotidien” en reliant les différents plans nationaux déjà mis en place (PNNS, Plan Bio, Plan circuit court, Plan national agriculture durable...). »
Venu clôturer les débats, Bruno Le Maire s’est montré ferme quant à l’avis du CCEN. « C’est un avis consultatif et je suis déterminé à appliquer ces règles nutritionnelles obligatoires. Nous le ferons en concertation avec les élus, l’Association des maires de France (AMF), les départements. On ne peut pas reculer sur ce sujet qui, s’il n’était pas appliqué, aurait un coût de santé publique. » Il a rappelé toute l’importance de la qualité des produits agricoles, « si nous laissons filer nos producteurs, cela aura un impact sur la situation sanitaire des Français. Cela passe par une réappropriation des produits agricoles en développant l’agriculture de proximité et les circuits courts. (..) Il est donc indispensable de réformer le décret d’appel d’offres avant le mois de juillet 2011. Il est nécessaire de défendre un meilleur bilan agroenvironnemental et défendre, par là même, la qualité des produits. »







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