La crise frappe partout ! Au Japon, les consommateurs ont l’habitude de payer le prix fort pour des fruits de qualité : une simple pomme peut coûter jusqu’à 4 euros. Dernièrement, à Sapporo, ville de l’île septentrionale d’Hokkaido connue...
Lire la suite...
![]() | ![]() | ![]() |
Predrag Matvejevitc, écrivain |
mercredi 15 avril 2009 |
« Qu’est-ce que la Méditerranée ? » Cette question posée par Fernand Braudel amène-t-elle une réponse ? « Des réponses plutôt », explique Predrag Matvejevitc, l’élève du maître Braudel. C’est à une rencontre singulière que nous conduit notre Premier choix de ce mois. Predrag Matvejevitc appartient à ce qu’il convient encore d’appeler “l’intelligentsia libre de l’Europe de l’Est”. L’histoire de l’Europe de l’Est au XX e siècle, il la connaît bien, c’est l’histoire de sa famille, et c’est son histoire. Il est né à Mostar (aujourd’hui en Bosnie-Herzégovine) en 1932 dans ce qui était alors le Royaume de Yougoslavie. Son père était un Russe blanc, qui avait fui la révolution d’Octobre, abandonnant tous ses biens et ne transmettant qu’une seule richesse à son fils : la langue française. Sa mère était croate, donc une catholique en terre musulmane. Ce qui, dans l’entre deux-guerres, ne posait pas les problèmes que l’on connaît aujourd’hui. La dissidence, Predrag Matvejevitc l’a en quelque sorte reçue en héritage. Son premier livre (cf. bibliographie) sera d’ailleurs un essai polémiste contre le stalinisme. Mais ce langage était toléré dans la Yougoslavie de Tito, le champion des non-alignés. C’est plus tard, après l’explosion de la Yougoslavie et le début de la guerre entre les anciennes républiques, que les ennuis commenceront. Lui, le Croate, s’est opposé aux discours nationalistes de l’époque. Il a dénoncé « la guerre fratricide »et « l’épuration ethnique », se rangeant du côté des victimes. Il rappelle encore aujourd’hui, devant l’unique église orthodoxe de Zagreb, que des milliers de Serbes ont été expulsés de Croatie. L’épuration ethnique n’était pas à sens unique. Les menaces se feront plus insistantes mais Predrag Matvejevitc tentera de rester dans son pays. Jusqu’au jour où des inconnus ont tiré une rafale sur “son casier à lettres”. Commence alors une longue période, où il vivra entre “asile et exil” d’abord en France, à Paris, puis à Rome. Il a aujourd’hui la double nationalité croate et italienne. Il est ainsi devenu un proche de Romano Prodi qui lui avait demandé d’intégrer le “groupe des Sages” de la Commission européenne. Voilà très brièvement résumé le parcours de notre invité.
Mais Predrag Matvejevitc, c’est aussi et surtout l’auteur d’un ouvrage unique en son genre : Bréviaire méditerranéen. Ouvrage poétique, historique, philosophique (on présente ce livre comme un “essai géopoétique”), il mêle érudition et lyrisme et nous promène à travers le temps, à travers l’histoire sur les eaux et vers les rives mille fois visitées mais toujours mystérieuses de la Méditerranée, de ce “berceau de l’Europe”. Alors, au moment où, sous l’impulsion de la France, l’Union européenne souhaite relancer le projet d’Union pour la Méditerranée, il est nécessaire d’entendre ce que nous dit Predrag Matvejevitc.
L’Union pour la Méditerranée (UPM)est la fille du processus de Barcelone (initié en 1995) qui prévoyait, notamment, de créer une zone de libre-échange entre les pays des deux rives pour 2010. « On était dans l’euphorie des accords d’Oslo [N.D.L.R. : entre Israël et l’OLP], rappelle Predrag Matvejevitc. On donnait libre cours à nos rêves. Il ne faut pas condamner cette euphorie qui venait après des années d’efforts et de désespoirs. » Mais cette indulgence pour les “pères fondateurs” de l’UPM n’empêche pas la lucidité au regard de la situation actuelle. Le projet euro-méditerranéen est aujourd’hui « entre échec et crise ». L’échec, c’est celui du processus de Barcelone, et la crise c’est la crise financière mondiale. « La Méditerranée est devenue une barrière », regrette Predrag Matvejevitc qui prône aux Européens d’agir avec respect et patience : « le rapport avec la rive Sud doit se poser en principe de coopération et non d’intégration. Il est illusoire de penser que l’on pourra changer rapidement les régimes de ces pays. »
« La Méditerranée méritait un meilleur destin, poursuit-il. L’image qu’elle offre est loin d’être rassurante. Sa côte Nord présente un retard considérable par rapport au Nord de l’Europe, tout comme sa côte Sud par rapport à celle du Nord. L’ensemble du bassin méditerranéen a peine à s’arrimer au continent, tant au Nord qu’au Sud. Peut-on d’ailleurs considérer cette mer comme un véritable ensemble sans tenir compte des fractures qui la divisent, des conflits qui la déchirent : Palestine, Liban, Chypre, Maghreb, Balkans, ex-Yougoslavie ? L’Union européenne s’accomplissait sans références à cet espace : une Europe coupée du “berceau de l’Europe “. Les grilles du Nord, à travers lesquelles on observe le présent ou l’avenir méditerranéens, concordent mal avec celles du Sud. »
Concernant la construction de l’Union pour la Méditerranée, Predrag Matvejevitc préconise d’avancer pas à pas et de limiter les ambitions à des secteurs, à des projets réalisables. Il propose de s’engager dans des projets modestes, de travailler sur les questions de l’eau, de la dépollution, de l’immigration. « Il faut travailler avec les Etats de l’autre côté » qui peuvent apporter leurs richesses (gaz, pétrole…). La désertification est un enjeu majeur. « La mer Morte baisse. Il faut faire venir de l’eau de mer après l’avoir dessalinisée. » L’agriculture fait partie de ce programme. Elle est même « centrale ». L’agriculture est constitutive de l’identité méditerranéenne : « Les sages de l’Antiquité enseignaient que les confins de la Méditerranée sont là où s’arrête l’olivier », écrit Predrag Matvejevitc dans le préambule de son Bréviaire.
La vigne, le figuier et l’olivier figurent dans les trois Livres sacrés : le Talmud, le Coran et les Evangiles. Les pages du Bréviaire sur les arbres et la flore méditerranéens sont à lire avec une attention particulière. De même que celles consacrées aux marchés et au commerce, autre pilier de l’EuroMéditerranée. Et c’est peut-être en se penchant sur les origines des mots que l’on pourra dénouer l’épineuse question des échanges commerciaux entre les pays des deux rives. « Le bazar oriental est une notion d’espace. Le mercatus latin sous-entend un échange ». Quant aux souks, ils n’ont « ni inscriptions, ni enseignes à leur entrée. Ils n’ont en fait pas d’entrée. Tout ce qui est à vendre y est exposé. Jamais on ne connaît le prix des choses : les prix ne sont pas indiqués, ni mêmes fixes. » Des phrases à lire d’urgence par tous ceux qui seront amenés à conduire les négociations à venir. « C’est là sans doute que se cachent certaines contradictions entre imaginaire et esprit pratiques, vieux contrastes entre Orient et Occident. »
Le lecteur l’aura compris, l’invitation à lire Bréviaire méditerranéen ou à rencontrer Predrag Matvejevitc est une invitation à un voyage certes poétique, mais aussi historique, géographique, économique…
Mais avant tout, Predrag Matvejevitc conseille de respecter les différentes identités des peuples de la Méditerranée. Il repère deux sortes d’identités : l’identité de l’être et l’identité du faire, celle de l’Orient et celle de l’Occident. « L’identité est un mot dont nous faisons souvent un usage singulier », relève-t-il. « Identique, mais pas unique », rappelle le proverbe. « Quand on réduit l’identité à une singularité, à une particularité, le danger apparaît. Cela devient dangereux car la particularité est considérée comme une valeur ». Le Croate qui a dû fuir son pays sait de quoi il parle.
Predrag Matvejevitc prononcera la conférence de clôture du Medfel, le premier rendez-vous d’affaires de la filière fruits et légumes de l’EuroMéditerranée qui se tiendra du 28 au 30 avril à Perpignan (lire notre dossier "Medfel : un pont entre deux rives").Outre “Bréviaire méditerranéen” (Fayard), Predrag Matvejevitc est l’auteur de nombreux ouvrages. Parmi ses principales publications en France, nous pouvons citer “Pour une poétique de l’événement” (éd. Ch. Bourgeois), “Epistolaire de l’Autre Europe” (Fayard), “Entre asile et exil” (Stock), “La Méditerranée et l’Europe - leçons au collège de France” (Fayard), “Iles Méditerranée” (Actes Sud), “L’Autre Venise” (Fayard)...
Ecrit en croate, publié en 1987, “Bréviaire méditerranéen” a depuis été traduit en 22 langues : italien, anglais, espagnol, français, allemand, arabe, hébreu,… sauf en russe. « Moi qui suis de père russe, je suis traduit dans toutes les langues, sauf en russe », constate amèrement Predrag Matvejevic. Ce livre a reçu de nombreuses récompenses dont le Prix du meilleur livre étranger à Paris (1993), le Prix européen Charles Veillon à Genève et le Prix Malaparte à Capri.







Mes favoris
Toutes les cotations
semaine du 14/05/12 au 20/05/12
| Volume |
Prix |
|
| Bigarreau |
|
|
| Concombre |
|
|
| Courgette |
|
|
| Fraise |
|
|
Les tendances
Les analyses fruits
Les analyses légumes
Les analyses fruits d'importation